Mangaverse en live !

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

FIFA'11 : Long métrage Colorful

Mardi matin, deuxième jour du Festival
9h, c'est bon, je suis prête. 9h10... mince, mon bus ! Je vais faire le même sketch tous les matins ou quoi ? Petit moment de flippe qui se termine une fois installée dans le bus.
Habituel Petit-dej et je file directement à Bonlieu. Le mardi est le réel premier jour du Festival, celui où il y a du monde, on va donc voir ce qu'il en est. Mais où est donc le village Ankama prévu sur le Pâquier ? Il faudra vérifier ça plus tard. Ma caméra me fait elle aussi un petit sketch très drôle, refusant de faire fonctionner le moindre bouton, me laissant comme une débile avec un écran qui refuse de s'éteindre. OK... Finalement, elle finit par revenir à la raison mais ça ne me rassure pas trop.



À 10h10, je suis déjà bien installée dans la Grande Salle de Bonlieu, à la place parfaite. L'avantage d'être parmi les premiers à entrer. Ouf, pas la même musique qu'hier. J'aime bien Wallace & Gromit mais une semaine avec la même BO, ce serait vite devenu lourd...

Ma première séance du jour nous vient donc du Japon avec Colorful de Keiichi Hara, le réalisateur d'Un été avec Coo. Il est d'ailleurs présent et se fait applaudir chaleureusement avant la séance. Des applaudissements nourris qui retentissent également à la fin du film, plutôt bien accueilli apparemment.
Pourtant, l'histoire n'est pas forcément des plus avenantes. Une âme pécheresse ayant commis un crime grave se voit choisie pour une seconde chance : elle pourra revenir dans le cycle des réincarnations si elle réussit une épreuve. Même si elle n'en a guère envie, elle va devoir retourner sur Terre dans le corps d'un adolescent de 14 ans qui s'est suicidé, Makoto Kobayashi. Ne se souvenant pas son ancienne vie et ne connaissant rien à celle du jeune garçon, cette âme devra néanmoins parvenir à se rappeler de son crime tout en vivant l'existence de son nouvel hôte. Elle sera guidée par Pura-Pura, qui lui révèle quelques détails de sa nouvelle vie.

Le sujet n'est donc pas des plus joyeux à première vue puisque ça parle mort et suicide. Mais le film ne s'appelle pas Colorful pour rien ! Rien de déprimant, de lourd ou de purement tragique même si les thèmes abordés ne font pas dans le mignon : mort, harcèlement scolaire, échec, prostitution, dépression... Mais Hara parvient à partir d'une base a priori sordide à faire émerger une énergie qui ne demande qu'à exister pleinement. Le nouveau Kobayashi doit trouver sa place dans un univers qui n'est pas le sien et ça ne se fait pas sans heurt. Mais ça ne change guère du précédent Kobayashi qui avait de toute façon rompu tout dialogue avec sa famille depuis longtemps. Son suicide n'est alors là pas une fin mais au contraire le commencement de tout. Prise de conscience des uns, perte des repères des autres, tous peuvent finalement repartir d'un autre pied pour ajuster leur existence au fil des contrariétés et des difficultés qui ne manqueront jamais d'être là, de toute façon. Autant alors accepter leur existence et réussir à les dépasser.
Pour autant, le film ne cherche pas la bonne morale façon "la vie c'est de la merde mais encaisse, souris et ferme-la, c'est cool". De même, il aurait très facile d'accueillir le nouveau Kobayashi dans son école avec sa dose de baffes et de brutes qui le maltraitent, mais là encore, pas besoin d'en rajouter. Le malaise grandissant du jeune homme découvrant sa famille totalement détruite, ne parvenant jamais à tous être sur la même longueur d'ondes, finit petit à petit par faire place à une compréhension de l'autre, dans ses qualités comme ses défauts, assez subtilement. Son geste désespéré n'était pas une simple réponse à un fait précis mais le résultat assez logique d'un désespoir profond né au fil des années. Si c'est Makoto qui s'est suicidé, sa famille en était à peu près au même point bien avant qu'il ne fasse son geste qui devient alors le déclencheur d'une nouvelle dynamique, même si celle-ci a du mal à trouver ses repères. Le film s'avère alors une ode à la vie, simple, banale, aussi bancale et ordinaire soit-elle.
Car, malgré le sujet, il y a énormément d'humour, notamment au travers du personnage de Shôkô Sano, aussi décalée et déconnectée que Makoto, personnage gauche et maladroit qui néanmoins a appris à s'accrocher et parvient bien souvent à déclencher des rires dès son apparition. Mais elle révèle également un personnage profond, observateur, permettant petit à petit à Makoto de trouver une envie de vivre et de s'ouvrir.
Le graphisme m'a paru un peu plus soigné que sur Un été avec Coo, reste une musique parfois un peu too much sur certaines scènes dont on comprend très bien qu'elles sont importantes sans avoir besoin de rajouter dix violons dessus.

Colorful dure 2h06 mais ne connaît aucun temps mort, avec un bon rythme de narration sachant jouer par moment la carte de la lenteur sans ennuyer, distillant des petits détails assez subtils qui complètent une belle galerie de personnages attachants, tous présentant à la société une certaine facette, celle qu'on attend d'eux, mais cachant quelque chose de bien plus complexe et intéressant quand on gratte un peu le vernis. Cela donne une film attachant, bourré de tendresse au delà de la rudesse de Makoto avec un entourage qu'il ne regarde au départ que comme la cause hideuse de son suicide, sans vouloir voir tout ce ça cache réellement. La salle semble avoir beaucoup apprécié en tout cas.

Bonlieu, 1er étage
Je file m'acheter un petit sandwich à côté de Bonlieu car il est déjà 12h45 et j'ai bien envie de faire la séance des Midis du long, justement consacrée à Colorful. C'est une session de questions/réponses avec le réalisateur, ouverte au public, il y a donc sans doute de quoi apprendre quelques petites choses.


Me voilà donc à 13h dans la petite salle consacrée à la séance. Keiichi Hara est évidemment là, accompagné de la scénariste dont j'ai un peu oublié le nom. Surtout que la traductrice a mis environ 15 mn avant de comprendre qu'on n'entendait rien quand elle parlait.
Keiichi Hara explique qu'il s'agit ici d'une adaptation d'un roman d'Eto Mori. On lui avait parlé de cette histoire et proposé son adaptation, l'idée l'intéressait car il souhaitait aborder la question du suicide des jeunes, assez présente au Japon même s'il ne sait pas trop pourquoi particulièrement. Il espère en tout cas que son film pourra permettre à certains ados déprimés d'éviter d'en arriver là et de retrouver le chemin du dialogue avec leur famille avant de commettre l'irréparable. Mais le réalisateur regrette que son film, sorti au Japon l'été dernier, n'ait pas été un grand succès, notamment de par son sujet, évidemment boudé par les enfants, mais également par les collégiens et les lycéens, à qui il était pourtant destiné, mais ce public n'a peut-être plus forcément le réflexe de payer pour voir quelque chose...


Il reconnaît évidemment que son film n'est pas du pur divertissement et il en est heureux, il voulait parler de sujets plus importants même si ça risquait de limiter le succès du film. Il ne sait d'ailleurs pas comment cela va fonctionner sur le marché international. L'animatrice de la session, italienne, explique d'ailleurs que dans son pays, il est assez inimaginable selon elle qu'un tel film sorte au cinéma. Cédric Littardi, de Kazé, qui gère la distribution du film, explique d'ailleurs que la France devrait être le seul pays, en tout cas occidental, à sortir Colorful en salles, ce qui devrait être fait en janvier 2012. Par contre, il n'y aura que 10-20 copies. Quand une femme du public lui fait remarquer que la France est le deuxième pays consommateur de mangas au monde et que Colorful mériterait mieux, il explique simplement que le lecteur de mangas ne va pas au cinéma. Pour La traversée du temps, ils ne sont arrivés qu'à 70 000 entrées, et vu le sujet de Colorful, ils ne s'attendent pas à grand-chose à ce niveau-là mais espèrent juste pouvoir intéresser les amateurs de ce genre de films à message.


Après ces quelques considérations marketing, on revient à Keiichi Hara qui explique travailler sur le story-board seul, en tentant de penser à tout pour ne pas perdre de temps, et que le film a demandé deux ans de travail. Il s'inquiétait avant de venir - c'est sa première fois au Festival d'Annecy - en se disant que certains éléments de Colorful, dont l'humour notamment, étaient peut-être trop japonais et que le public présent ne marcherait pas. Mais il a été ravi des réactions, très vives, du public, celui-ci ayant même tilté sur des scènes différentes par rapport au public japonais.
La session de questions/réponses s'achève, on a même droit à un petit buffet mais il est 13h45, je dois filer à ma séance suivante.

Article modifié le mercredi 30 mai 2012, 09:05

Morgan

Auteur: Morgan

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Les commentaires sont fermés


aucune annexe



Voir aussi

FIFA'11 : quelques vidéos

Comme promis, un dernier billet sur cette 35ème édition du Festival d'Annecy avec quatre vidéos.Tout d'abord, une première vidéo pour le lundi, mettre dans l'ambiance... Puis la vidéo du mardi,...

Lire la suite

FIFA'11 : Petit bilan personnel de la semaine

Voilà, cette 35ème édition du Festival International du Film d'Animation d'Annecy a fermé ses portes après une semaine très intense, blindée de films, avec une programmation tellement vaste qu'il...

Lire la suite