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FIFA'10 : Making of Dragons et princesses

Il est 12h35 quand je sors de la Grande Salle. Petit tour rapide à BD Fugue et mon Maliki 4 Collector est finalement là, zou, dans le sac. J'ai bien fait de prendre un sac à dos rembouré aujourd'hui, je vais finir la journée chargée comme un baudet...

Petite Salle, 13h50
Une fois un vrai repas pris avec Herbv, je me dirige vers la Petite Salle, où pas mal de monde attend déjà devant. Les portes s'ouvrent et je m'installe en bout de rangée, comme mardi pour Waking Sleeping Beauty. Je retrouve d'ailleurs mon voisin de mardi également. Il engage la conversation parce qu'il me voit écrire à chaque début de séance sur mon cahier. Eh oui, je prends des notes en cours de journée pour ne pas tout oublier. On discute un petit peu, il s'appelle Luke (je crois), vient d'Oxford - il parle bien mieux français que moi anglais... - et m'interroge sur mes séances, mon blog, etc. Je dois avoir une bonne tronche cette année, les gens me parlent !

La séance débute et nous voici au making of de Dragons et princesses, la nouvelle création de Michel Ocelot dont j'ai d'ailleurs vu un épisode lundi matin. De Michel Ocelot, honnêtement, je ne connais vraiment qu'une œuvre, c'est Azur et Asmar, vu lors d'une précédente édition du Festival. Je connais évidemment Kirikou et Princes & Princesses de nom mais jamais vu. Mais je dois dire que lors de la présentation en avant-première d'Azur et Asmar, c'était en 2006, il avait été là pour parler de son film et m'avait beaucoup impressionnée par son enthousiasme, son envie de toujours avancer, son humilité et son ouverture. La séance d'aujourd'hui est donc l'occasion d'en apprendre un peu plus.

Pendant une heure, Michel Ocelot et Eric Serre, avec qui il travaille depuis Kirikou, nous parlent donc de cette série TV. On peut s'étonner du choix de ce format pour Ocelot, sachant les contrainte qu'il comporte. Mais il explique qu'après l'énorme machine qu'avait été Azur et Asmar, son premier long métrage en ordi 3D (pas les lunettes, juste le rendu), avec tellement de gens dessus, de compétences, de corps de métiers, et d'argent en jeu, il avait eu envie de revenir à plus de simplicité, quelque chose qui tienne grâce au talent de ses créateurs et pas grâce à la qualité du matériel employé.
Ses premiers films, il les avait faits avec des silhouettes découpées articulées. D'abord blanches pour Les trois inventeurs dont on voit deux extraits - film d'ailleurs refusé par le Festival d'Annecy à l'époque... - puis noires, parce que c'est encore plus pratique, plus simple et pas onéreux du tout, pratique quand on n'a pas de sous en poche. Ce travail lui avait donné goût à ce genre de techniques, où on pose une silhouette sur un fond et qu'il suffit d'un mouvement de la tête du personnage pour faire bouger tout le reste et créer sans même s'en rendre compte, se laisser alors porter par la magie de la technique.
Mais il a appris également à apprécier le numéri qvec son travail sur Azur et Asmar. Ce sont donc ces deux techniques qu'il a combinées sur Dragons et princesses. Il s'agit d'une série TV de dix épisodes, diffusée cet automne sur Canal + et Canal + Family, et cinq  d'entre eux seront remontés avec un sixième inédit pour une exploitation cinéma vers Pâques 2011. Une sortie ciné 3D d'ailleurs, même s'il explique plus tard que la technique en question l'indiffère quelque peu mais que c'est à la mode et que c'est ce qui lui a permis de monter le projet cinéma. Mais il ne pense pas que la tendance survivra bien longtemps - et j'espère personnellement qu'il a raison, étant tout à fait d'accord avec son propos là-dessus...
Dragons et princesses a nécessité 17 mois de travail, par 17 personnes en tout, pour 140mn et ils ont terminé voilà moins d'une semaine le dernier épisode. Selon Eric Serre, la simplicité dont parle Ocelot n'est pas si simple que ça et demande bien plus de travail qu'on peut le croire. Les deux hommes nous montrent donc à l'aide d'extraits et d'exemples précis tout le travail pour arriver au résultat final. Se basant sur un des épisodes, L'écolier sorcier, ils expliquent tout à partir du storyboard, où tout est déjà à l'échelle ce qui ne semble pas toujours si courant mais très pratique, tous les model sheets des personnages, 300 en tout, les animatiques, ou storyboards animés sur lesquels Ocelot fait d'ailleurs toutes les voix pour vérifier que les dialogues fonctionnent. Il fait d'ailleurs écouter ça à ses acteurs de doublage ce qui leur permet de bien comprendre ce qu'il attend d'eux. Il expliquera d'ailleurs par la suite qu'il y a peu de doubleurs sur la série, puis celle-ci parle de déguisements - deux enfants interprètent des histoires - les acteurs ont beaucoup joué avec leurs voix pour multiplier les personnages.
Ils se sont également rendus compte que les logiciels 2D qu'ils cherchaient ne rendaient pas ce qu'ils attendaient et se sont donc tournés vers les logiciels 3D, plus complets même s'ils ne voulaient faire que de la 2D. Il s'agit de logiciels standards, Photoshop, Maya et After Effects en cas de besoin précis. Ce choix de logiciel 3D a demandé plus de réflexion et de préparation en amont, un peu déconcertante pour Ocelot qui avait l'habitude avec ses silhouettes découpées en papier de pouvoir commencer le tournage très vite là où il faut tout paramétrer et régler par ordinateur ici. Ainsi, il faut une quantité de travail phénoménale pour "simplement" arriver à la silhouette qui va s'articuler dans son ensemble quand on bouge simplement une partie. Une fois arrivé à ça, une description complète du personnage et de ses mouvements, on peut commencer l'animation. Ocelot nous montre des exemples de décors, c'est toujours aussi chatoyant et superbe, riche et varié avec lui et il peut nous parler de chacun des exemples, chaque histoire se déroulant dans un certain pays.

Au bout d'une heure, on passe aux questions. Une scénariste de métier lui demande ce qu'il en est du scénario pour lui. Il explique que cela lui vient assez facilement pour des histoires courtes, le tout basé sur sa vie, ses expériences. Et les contes et légendes sont un terreau formidable pour ça, même un conte mal ficelé peut donner une idée de base à exploiter. Il se refuse par contre à utiliser une histoire qui a un auteur défini. La famille de Saint Exupéry lui a ainsi proposé deux fois d'adapter Le Petit Prince, il n'en voit pas l'intérêt, tout est déjà dans l'œuvre d'origine et l'auteur ne pourrait d'ailleurs même pas donner son avis. Luxe suprême, il fait ce qu'il veut avec ses scénarii, personne, producteurs ou diffuseurs, ne lui dit quoi faire.
Du côté du doublage, il nous apprend que pour ce qui est des versions espagnoles, italiennes et anglaises, il est très regardant et suit tout de A à Z. Pour lui, ce n'est pas simplement de l'adaptation, c'est un nouveau film à part entière. Pour ce qui est de la version japonaise, c'est Isao Takahata lui-même, Mr Tombeau des lucioles et Pompoko, qui gère ça pour ses films. Notons enfin que Kirikou parle désormais une langue africaine puisqu'il a été doublé en swahili.
Un réalisateur lui fait enfin remarquer que tout est ici très contrôlé, tous les moindres détails dès le storyboard, on semble bien loin de la spontanéité des silhouettes en papier. Certes, répond Ocelot mais ce n'est pas mieux ou moins bien, juste différent, une autre manière de faire qui a aussi son charme. Le côté bricolage du papier lui manque et il pense y revenir mais cela reste simplement différent. Qui plus est, à l'époque du papier, si après visionnage, quelque chose n'allait pas, il fallait tout refaire alors qu'avec le numérique, un clic et on peut reprendre donc moins de frustrations après coup.

La séance se termine, elle fut riche et pleine de découvertes. Je me rends désormais un peu mieux compte de tout ce qu'il y derrière chaque épisode de Dragons et princesses et c'est impressionnant. Voilà une des belles choses du Festival d'Annecy, permettre ce genre de rencontres avec des créateurs passionnants...

Morgan

Auteur: Morgan

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